Du sexe, une dose de perversité et même un soupçon de gore: François Ozon a secoué la Croisette vendredi avec «L’amant double», un thriller hitchcockien, en lice pour la Palme d’or, qui explore le désir féminin et s’amuse à jouer avec les codes du genre.

Dès la première scène — impossible à dévoiler– le décor est planté: le dernier-né du réalisateur français veut savoir ce qui se passe dans le corps d’une femme, et peut-être aussi dans sa tête.

Le réalisateur de «8 femmes» ou de l’élégant «Frantz», souvent nominé et très rarement récompensé, a décidé de traduire en images, et avec un certain goût de la provocation, la tempête qui s’agite sous le crâne de son héroïne.

Elle, c’est Chloé, incarnée par Marine Vacth, l’actrice qu’il a révélée dans «Jeune et jolie» (2013) sur une adolescente qui se prostitue.

On la retrouve les cheveux courts, mais avec le même visage de chat, à la fois triste et inquiétant. «J’avais des scrupules (de la solliciter à nouveau) après +Jeune et jolie+ mais elle a été tout de suite enthousiaste», a confié le réalisateur à Cannes.

Mal dans sa peau, Chloé se rend chez un psy, Paul (Jérémie Renier). Au fil des séances, elle lui confie sa difficulté à trouver sa place et évoque ses maux de ventre qui lui pourrissent la vie. Ils finissent par tomber amoureux et emménagent ensemble.

Jusqu’au jour où elle découvre qu’il lui a caché l’existence d’un frère jumeau, Louis, également thérapeute, avec qui il a coupé les ponts.

Curieuse d’en savoir plus, la jeune femme se rend en consultation et finit par entamer une liaison avec Louis, version perverse et manipulatrice de son frère.

‘Pousser les curseurs’

Que savons-nous de celui avec qui on partage sa vie ou son lit ? Quel fantasme inassouvi souhaiterions-nous réaliser ? Que ferions-nous si on avait un double ? Autant de questions que pose le film, librement adapté d’un roman de l’Américaine Joyce Carol Oates, publié sous pseudonyme.

J’ai eu envie de «pousser les curseurs un peu plus loin, après +Frantz+», a souligné le prolifique réalisateur, soulignant la dimension «ludique» de son dernier opus.

Jeu sur le double, les fantasmes sexuels, la gémellité… le film ne recule devant rien et mise sur une certaine sophistication, avec de nombreux effets de miroir.

Il emprunte à la fois au cinéaste Brian De Palma, qui s’est amusé à déconstruire plusieurs films d’Hitchcock, à Paul Verhoeven (le réalisateur de «Basic Instinct») ou encore à David Cronenberg et ses jumeaux perturbés dans «Faux semblants»). Sans compter une scène digne d’«Alien»…

Le tout donne un film comme on en voit peu dans le cinéma français, mais qui n’est pas du goût de tous. Un journaliste a rédigé une lettre ouverte où il interpelle le réalisateur sur ses relations avec les femmes.

«Reconnaissez-le, François. Vous n’aimez pas les femmes», écrit Pierre Vavasseur du Parisien. »+L’amant double+ m’est lentement apparu comme la représentation tordue que vous avez des femmes. Ce désir de les débarrasser de la grâce et de l’amour qu’elles sont en droit d’inspirer», a-t-il critiqué.

Une polémique qui n’a pas perturbé la conférence de presse cannoise. Egalement au générique, la Britannique Jacqueline Bisset en a profité pour rappeler qu’Ozon est «un réalisateur qui travaille très bien avec les femmes».

«J’aime brouiller les frontières pour amener le spectateur à s’interroger sur la nature des images», a souligné François Ozon. «Est-ce que malgré une scène fantasmatique, il n’y a pas une vérité qui se dégage ?»

Le film est également sorti vendredi dans les salles françaises.

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Une salle de ciné, c’est toujours un rendez-vous que ne veut rater pour rien au monde avec son acteur ou son actrice préférée ou fétiche, un endroit où on s’évade, le temps d’une heure et demie, de deux heures ou (bien) plus, où on se fait un film (au sens propre comme figuré).

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