Sausage Party, l'affiche (DR)

Dans notre monde en crise, l'affaire est, il est vrai, particulièrement grave. Compris par une partie du public comme un sympathique film de Noël aux relents disneyens, "Sausage Party" est en réalité un dessin animé destiné aux adultes – il est interdit au moins de 12 ans – et traite de la sexualité débridée des aliments de supermarché.

Sous leurs emballages aguicheurs, ces derniers se révèlent n'être en effet qu'une bande de petits pervers sournois attendant tranquillement leur heure du fond de leurs rayons de supermarché avant de se laisser aller, une fois extirpés de leur cellophane, à des partouzes rocambolesques et à de véritables salsas du démon.

Critique de la religion

"Sausage Party" pourrait aussi alerter les groupes de protection des consommateurs car il évoque cruellement la réalité de la grande distribution. Le film dévoile ainsi, sous couvert de divertissement coloré, l'amoncellement des frustrations et la misère sexuelle effrayante des crackers, des fruits et légumes, des pots de ketchup, des paquets de chips et de tous ces aliments industriels dont le destin n'est pas plus glorieux que celui des poussins de batterie ou des bovins envoyés chaque jour à l'abattoir.

Car le film, en plus de ressembler à une caricature des spots de l'association L214, se permet d'enrober ses passages insoutenablement pornographiques (voir la scène d'amour gay entre un petit craker juif et un pain pita d'obédience salafiste) d'une métaphore on ne peut plus douteuse : les aliments, qui vivent dans une sorte de prison, s'imaginent que les humains qui les achèteront leur apporteront la félicité éternelle.

Pauvres naïfs qu'ils sont ! Hanté par le spectre de la Shoah, "Sausage Party" dresse sans crier gare la chronique effroyable de l'extermination au long cours de ces petits miséreux maintenus dans le fanatisme religieux (les hommes sont leurs dieux) avant d'être livrés à la barbarie humaine et transformés en sinistres étrons.

Le "Nuit et brouillard" de la génération malbouffe

Peut-on sérieusement en vouloir à la joyeuse bande Apatow (Seth Rogen et Evan Goldberg en Claude Lanzmann de la génération malbouffe) d'aborder ce tabou frontalement ? La forme prête à discussion : "Sausage Party" est souvent très drôle, mais son scénario se résume pour l'essentiel à une avalanche de blagues et de saynètes sans grande tenue.

Les idées sont là, mais techniquement c'est un peu la misère : on se croirait souvent devant une sorte de brouillon pipi caca de "Toy Story" et on demeure très loin de l'imaginaire visuel florissant et jubilatoire de "La grande aventure Lego".

On pourra encore faire la fine bouche devant la métaphore socio-politique discount que le film porte en étendard comme s'il découvrait l'eau chaude (peinant à dépasser le stade de l'humour Vine ou d'un débat Facebook), mais là n'est pas le plus important. "Sausage Party" est un vrai petit film de pirates dont l'humour odieux et la férocité revigorante à elles seules valent la gloire.

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Élevé au bon grain par des films vus au cinéma comme Le Silence des Agneaux, Jurassic Park, Forrest Gump, La Liste de Schindler, Pulp Fiction ou Les Évadés. Depuis, je n’ai plus quitté la basse-cour !

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