Il y a un an l’équipe du film « 120 battements par minute » quittait la Croisette après avoir reçu le Grand Prix du jury au Festival de Cannes. Le combat d’Act Up raconté par l’un de ses militants, Robin Campillo, a eu un effet renversant sur le public et la critique. Son éloge a duré près d’un an jusqu’à son triomphe aux César 2018, le 2 mars dernier.

Ce jeudi 10 mai est dévoilé « Plaire, Aimer et courir vite« , le nouveau long métrage du cinéaste français Christophe Honoré. Une année après « 120 battements par minute », Cannes a fait de nouveau le choix de placer un film sur les années sida en compétition officielle.

Génération sida

Christophe Honoré comme Robin Campillo, 8 ans d’écart, ont connu ces « années sida » et réussissent à en témoigner, 30 ans plus tard.

« Comme l’a fait Robin Campillo, il me fallait juste assumer de raconter cette époque à la première personne. Moi, le petit étudiant de cinéma à Rennes qui rêvait de Koltès ou Truffaut, arrivé à Paris en 1994, j’ai compris rapidement que, même dans les milieux homosexuels, le sida était un sujet qu’on abordait peu. Beaucoup de nos proches sont morts pendant cette période et ceux qui restaient se sentaient presque coupables d’être encore là. C’est aussi pour cela que Robin et moi avons mis plus de vingt ans pour en parler. Il fallait laisser le temps à la maturation. A l’acceptation, aussi », raconte Christophe Honoré au magazine Paris Match.

Désormais chacun âgé d’une cinquantaine d’années, ils ont pu enfin mettre des images sur ces années si marquantes. Le réalisateur de « Plaire, Aimer et courir vite » s’est d’ailleurs inspiré de cette époque pour trouver le titre de son film. « Je voulais un titre énergique, en forme de manifeste. Je pensais à ceux des films de cette période, ‘Sexe, mensonges et vidéo’ ou ‘Bouge pas, meurs, ressuscite’… », témoigne-t-il.

Une urgence actuelle

Si contrairement aux années 80/90, dans lesquels le film prend place, on peut désormais vivre avec le VIH, le virus résiste malgré tout encore et toujours à nos traitements. En juillet 2017, une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) pointait la situation « extrêmement préoccupante » de l’épidémie de VIH chez les jeunes hommes homosexuels français. Sur 2600 hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) qui ont participé à l’étude « Prevagay2015« , 14,3% étaient séropositifs, concluait l’équipe de chercheurs.

Depuis 10 ans, une augmentation conséquente des nouveaux diagnostics du VIH chez les HSH a été relevée. « Ceci témoigne d’un problème d’adhésion des plus jeunes à nos politiques de prévention », s’inquiétait François Dabis, directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), dans l’éditorial du BEH.

Face à une génération qui n’a pas connu les « années sida », il est important de rappeler, notamment par le cinéma, que le sida existe encore. Les témoignages quels qu’ils soient servent à rappeler et/ou éduquer cette nouvelle génération qui pourrait se croire protéger.