Après « Eastern Boys » et « Les Revenants », Robin Campillo fait sa première entrée en compétition du Festival de Cannes avec un troisième long métrage, « 120 battements par minute ». Si « Act Up », l’association militante de lutte contre le sida, a déjà fait l’objet de plusieurs documentaires en France et à l’étranger, il s’agit du premier film de fiction à s’emparer du sujet.

Act Up

Toujours militante, toujours active, Act Up, l’association de lutte contre le sida, n’a plus aujourd’hui l’impact de ses débuts. C’est peut-être la rançon de son succès, pour avoir pesé sur la recherche médicale contre le sida, en dénonçant l’inaction des pouvoirs publics et des laboratoires pharmaceutiques, par des actions spectaculaires pour devenir médiatiques, afin de faire bouger les choses. Si la maladie a régressé et que les traitements ont évolué, elle est loin d’être éradiquée. Le vaccin est encore un doux rêve. Mais si les traitements sont mieux ciblés, moins médicamenteux, avec des effets secondaires moindres, et une espérance de vie passée de 36 ans en 2001 à 55 ans aujourd’hui, c’est, en partie, grâce à l’activisme d’Act Up. Car l’association a œuvré à une prise de conscience de l’ampleur de la pandémie et à la prise en charge des patients.

Les années Act Up, ce sont les années 90. Détecté sur les cinq continents en 1982, le sida devient le problème sanitaire numéro un, car foudroyant et transmissible par voie sexuelle. Ses vecteurs : le sang, le sperme. Soit un mode de propagation extrêmement efficace quant à la contagion. La réaction internationale ne s’avère pas à la hauteur, d’où la constitution, en France, d’associations comme AIDES en 1984, puis d’Act Up (d’inspiration américaine) en 1989, composées avant tout de patients atteints de la maladie.

Mort chorale

« 120 battements par minute » retrace l’histoire d’Act Up dans les cinq première années de son existence, avec ses militants, son organisation, ses actions, ses morts. A l’opposé d’un documentaire didactique, « 120 battements par minute » reconstitue par la fiction une histoire peu connue, voire oubliée, de personnes condamnées qui se sont données pour combattre leur mal, pour elles-mêmes, pour les autres et le futur. Robin Campillo a trouvé l’écriture et le ton pour raconter cette histoire avec une vraie dramaturgie. Il n’y a pratiquement pas de rôles principaux, car ils sont tous égaux devant leur mal et dans l’action. S’il se focalise sur certains à l’approche de la conclusion, c’est pour transmettre des sentiments universels : l’approche de la mort et la perte de l’être aimé.

La mort traverse tout le film, mais la vie aussi, et, peut-être, elle encore plus, dans cette rage des militants à combattre, à se dévouer aux rejetés de la terre qui sont les plus atteints, comme le scandent les membres d’Act Up : « Les pédés, les toxicos, les prostitué(e)s, les prisonniers ». Les damnés de la Terre. Les acteurs qui les incarnent sont tous formidables, c’est pourquoi on ne peut les citer tous, tant ce film peut être qualifié de choral. Campillo fait preuve d’une grande inventivité de mise en scène, en innovant sur un sujet sensible (la vision de la Seine rouge sang restera). Des livres entiers ont été consacrés à Act Up, un autre pourrait être dédié à « 120 battements par minute », tant sa richesse est grande et sa beauté bouleversante. Un concurrent de premier ordre dans la course à la Palme.

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Élevé au bon grain par des films vus au cinéma comme Le Silence des Agneaux, Jurassic Park, Forrest Gump, La Liste de Schindler, Pulp Fiction ou Les Évadés. Depuis, je n’ai plus quitté la basse-cour !

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