Le Brexit est un film à suspense dont les professionnels du cinéma se seraient bien passés, au centre de bien des discussions chez les producteurs et réalisateurs, européens comme britanniques, venus faire des affaires au Festival de Cannes.

«Nous avons vraiment le coeur brisé», explique la productrice britannique Elizabeth Morgan Hemlock, qui travaille sur un documentaire consacré aux services de renseignement, avec un réalisateur parisien.

«Pendant 20 ans, j’ai passé mon temps à voyager en Europe, que ce soit pour des co-productions sur l’île de Grande Canarie (Espagne) ou au Festival du film de Berlin. Il y a une inquiétude sur le fait que les lois changent et que tout devienne plus difficile que ça ne l’est déjà», explique-t-elle : «Nous sommes en train d’être coupés de nos confrères» continentaux.

Parmi les principaux motifs de préoccupation des professionnels, les conséquences qu’auront des contrôles accrus de l’immigration pour une industrie largement ouverte sur le monde, et les restrictions potentielles pour accéder aux financements européens.

Ces investissements ont permis ces derniers années de financer de grands succès du cinéma britannique, comme «Le discours d’un roi» qui a permis à Tom Hooper de remporter un Oscar en 2011, ou la Palme d’or 2016 de Ken Loach pour «Moi, Daniel Blake».

L’industrie du film britannique est très largement financée par des capitaux extérieurs. Selon l’Institut britannique du film, les investissements étrangers représentaient 86% des 2,2 milliards d’euros dépensés dans des productions britanniques ces 12 derniers mois.

Bonne nouvelle pour personne

Certains s’inquiètent encore davantage des conséquences imprévisibles d’une sortie sèche du marché unique, en cas d’échec des négociations avec l’UE et de «hard Brexit». A Cannes, plusieurs producteurs européens sont déjà réticents à l’idée de travailler avec des maisons britanniques tant que les perspectives post-Brexit ne sont pas plus claires.

«Nous sommes une entreprise internationale, qui travaille avec des agents partout, souvent aux Etats-Unis. Et ils nous disent +Si vous le pouvez, évitez de lancer de nouveaux projets de production avec des Britanniques+», rapporte le producteur allemand Jens Meurer. «Ce n’est pas pour punir le Royaume-Uni. Ce n’est une bonne nouvelle pour personne».

Mauvaise nouvelle supplémentaire pour les Britanniques, certaines producteurs pourraient contourner la difficulté en tournant en anglais, dans des pays de l’UE comme l’Allemagne ou la Belgique, avec par exemple des acteurs américains, affirme M. Meurer.

Sur le plan technique également, certains professionnels ont beaucoup à perdre : Emjay Rechsteiner, le producteur néerlandais de «The Devil’s Double» (2012) s’inquiète notamment de ne plus pouvoir travailler avec des ingénieurs du son britanniques – les «meilleurs d’Europe», selon lui.

Certains tentent tout de même de garder un peu d’optimisme.

Au Festival de Cannes, une conférence sur le Brexit a vu affluer les professionnels inquiets, qui ont pu se mettre du baume au coeur avec une juriste bruxelloise, Sunniva Hansson. Selon elle, il n’y a pas de raison pour que le Royaume-Uni renonce au crédit d’impôt de 25% qu’il accorde aux productions de films. Les structures juridiques qui permettent de coproduire en Europe ne devraient pas non plus être remises en cause.

Sans compter que certains pays, comme l’Ukraine, n’appartiennent pas à l’Union européenne mais ont quand même accès aux mécanismes d’aide qu’elle met en place. Depuis 2007, les cinéastes britanniques ont reçu près de 130 millions d’euros du programme MEDIA de l’Union européenne.

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Élevé au bon grain par des films vus au cinéma comme Le Silence des Agneaux, Jurassic Park, Forrest Gump, La Liste de Schindler, Pulp Fiction ou Les Évadés. Depuis, je n’ai plus quitté la basse-cour !

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